« Ce n’est pas tenable d’être seul dans un cockpit d’avion »

D’ici cinq ans, les postes de pilotage dans les avions ne devraient plus accueillir deux pilotes mais qu’un. C’est la prévision de Patrick Caine, le PDG du groupe Thales, spécialisé dans l’aérospatiale. Cette hypothèse soulève des questionnements et des inquiétudes dans le milieu de l’aviation.

La nouvelle a de quoi inquiéter les phobiques de l’avion. Dans moins de dix ans, les technologies seront telles que l’on pourra se passer du copilote dans les avions. Patrick Caine, le patron de Thales prévoit le passage de deux à un pilote, résultat du recours à une automatisation renforcée du poste de pilotage grâce aux logiciels et à l’intelligence artificielle. Le groupe spécialisé dans l’aérospatiale échange avec Airbus à ce sujet, sans pour autant être entré « dans une phase d’appel d’offre« .

Si le seul pilote ne se trouve plus être en forme, cela va poser de vrais problèmes – Jean-Philippe Pellerin, instructeur

La nouvelle ne surprend pas Jean-Philippe Pellerin, instructeur IFR (vol aux instruments, sans information visuelle extérieure) au Airways College à Agen et Nîmes, une école privée de pilote : « Cela fait bien longtemps que l’on fait voler des avions [des drones] sans pilote« . Pour autant, cette possibilité inquiète le professionnel : « Si le seul pilote se trouve ne plus être en forme, ça va poser de vrais problèmes« .  Selon lui, la technologie ne primera jamais sur le bon sens : « La formation que nous dispensons à l’école a un volet technique mais aussi et surtout un volet « expérience«  indispensable« . Le professeur cite l’exemple parfait du pilote de l’A320 qui est parvenu à le faire amerrir sur l’Hudson, en 2009, sauvant la vie de 155 personnes à bord. Deux minutes après son décollage, l’appareil traverse un groupe d’oiseaux migrateurs et les percute. Ses deux moteurs sont morts et ne peut atteindre aucun aéroport en l’état. Dans ce cas, « c’est uniquement l’expérience du pilote, féru de planeur, qui a joué en sa faveur » précise-t-il.

Un deuxième pilote au sol pour rassurer les voyageurs

Après la disparition du vol de la Malaysia Airlines et le crash de la Germanwings plus récemment, les compagnies aériennes tentent par tous les moyens de regagner la confiance des voyageurs. Cette annonce ne semble donc pas vraiment aller dans ce sens. La proposition de missionner un pilote au sol pour contrôler et aider le pilote à bord est avancée pour rassurer les voyageurs. Elle ne convainc pourtant pas l’instructeur : « Quand on est au sol et qu’on n’est pas dans la boucle, on n’a pas le recul suffisant pour réagir en fonction de la situation« .

Des turbulences chez les pilotes

« S’ils le font ou projettent de le faire, ça va provoquer un cri de guerre général chez les pilotes » assure Jean-Philippe Pellerin. Le nombre de pilotes à bord ne cesse de diminuer : il est passé de quatre à deux, en suscitant de vifs débats. Actuellement, la règlementation européenne impose la présence de deux pilotes pour des raisons de sécurité dans les avions à partir de vingt passagers. Il s’agira d’abord de convaincre les autorités régulatrices du transport aérien pour opérer de tels changements.

Des questions de responsabilité se posent également. S’il ne reste qu’un seul pilote dans le cockpit, « C’est une responsabilité phénoménale pour lui et trop de pression sur la tête d’un même homme ou d’une même femme. Ce n’est pas tenable » selon Jean-Philippe Pellerin.

Un seul pilote pour les avions de fret

Pour tranquilliser aussi bien les pilotes que les passagers, la solution d’un seul pilote aux commandes de l’avion concernera dans un premier temps le transport de marchandise. Charles Toups, le vice-président de Boeing Research & Technology a déclaré étudier « le concept d’un seul pilote à bord des avions […] probablement dans le fret« , lors du salon aéronautique à la fin du mois de février.

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