DECRYPTAGE – « L’usage du téléphone portable est un vrai problème de vie scolaire »

À la rentrée, plus aucun élève de primaire et de collège ne pourra utiliser son portable à l’école. Une interdiction qui fait débat au sein des syndicats de parents d’élèves et des chefs d’établissement.

Interdire les portables à l’école et au collège : c’était une promesse du candidat à l’élection présidentielle Emmanuel Macron. Chose promise, chose due : la proposition de loi des députés de La République En Marche (LREM) est examinée ce mardi, par la commission des affaires culturelles et de l’éducation. Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, l’a même confirmé. À la rentrée, tous les téléphones seront interdits dans les établissements scolaires à l’exception des lieux autorisés expressément par le règlement intérieur. Cette décision divise les syndicats de parents d’élèves et des chefs d’établissement : les uns la jugent importante pendant que d’autres pointent du doigt un dispositif pas forcément indispensable.

Une interdiction des téléphones nécessaire mais « pas révolutionnaire »

Vol, perte, harcèlement sur les réseaux sociaux (…) le portable est souvent un problème – Samuel Ciywi, porte-parole parisien de la Fédération des Parents d’Elèves de l’Enseignement Public

« L’usage du téléphone portable est un vrai problème de vie scolaire » constate Samuel Ciywie porte-parole parisien de la Fédération des Parents d’Élèves de l’Enseignement Public (PEEP). « Que ce soit pour vol, perte, harcèlement sur les réseaux sociaux, échange d’images à caractère inadapté, ou même lorsque ça concerne l’intégration des élèves : le portable est souvent un problème » ajoute-t-il désabusé. La proposition de loi est donc selon lui un texte intéressant qui renversera la situation actuelle.

Actuellement, la moitié des établissements interdit déjà l’utilisation des téléphones en classe voire dans la cour de récréation. « Ce n’est donc pas une révolution » selon lui. Toutefois, il sait que beaucoup de chefs d’établissement ont besoin d’un cadre légal. L’article discuté en commission laissera toute liberté aux écoles et collèges pour établir les modalités d’interdiction. A minima, le portable devra être enfermé dans le sac des élèves sauf cas d’urgence ou d’usage pédagogique. A maxima, le règlement intérieur prévoira l’interdiction d’emmener purement et simplement le téléphone à l’école.

Pour autant, il ne s’agit pas de « diaboliser le portable » pour ce porte-parole et père d’une élève au collège. Il plaide pour un droit à la déconnexion. L’école peut être selon lui, un de ces lieux où ce droit s’applique. À la cité scolaire Buffon dans le 15ème arrondissement de Paris, où la fille de Samuel Ciywie est inscrite, l’interdiction du téléphone constituait une demande des parents d’élèves. « Depuis que cette décision a été instaurée en septembre dernier, ça se passe plutôt bien. La vie scolaire est bien meilleure et la cantine bien plus bruyante. Ils ne sont pas tous les yeux braqués sur leur téléphone » plaisante-t-il.

Il faut former les élèves aux usages du téléphone – Bruno Bobkiewicz, secrétaire national des chefs d’établissement

Bruno Bobkiewicz, le secrétaire national des chefs d’établissement (SNPDEN) parle d’une loi qui va les protéger juridiquement mais qui « ne règlera pas toutes les difficultés« . Ce dispositif nécessite selon lui un accompagnement : « Il faut former les élèves aux usages du téléphone car on ne sera pas quelle sera la place du numérique dans les usages scolaires, sans doute encore plus prégnante« .

Un dispositif superflu et « inapplicable »

Pour d’autres parents d’élèves, ce changement n’est pas vraiment nécessaire. Anne Goffard, présidente du bureau de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) du Nord redoute surtout la mise en pratique de cette interdiction : « La mise en place de casiers est impossible. Ils ne protègent d’ailleurs pas contre le vol ou le vandalisme. Et puis on ne va pas pouvoir leur enlever leur téléphone qu’ils ont la plupart du temps dans leur veste ou poche. » Sur ce point, le secrétaire national du syndicat des chefs d’établissement Bruno Bobkiewicz, se félicite de l’abandon du projet initial d’interdiction totale du téléphone « totalement ingérable » selon lui. Il préfère la possibilité pour les écoles et les lycées de définir les modalités de prohibition. Selon Anne Goffard, c’est aussi rassurant pour les familles de savoir que leurs enfants sont joignables.

Sonia Rainaud, membre de la FCPE à Lille, d’autres solutions sont envisageables comme la mise en place de « salle multimédias où l’on peut utiliser son portable » ou « de tickets de consigne pour chaque élève qui dépose son téléphone« . Surtout, le dispositif , lui, semble incomplet si une échelle des sanctions n’est pas nettement définie, en cas d’utilisation des appareils.

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