Plan pour les Ehpad : « C’est de la poudre aux yeux »

La ministre de la santé Agnès Buzyn dévoile son plan pour améliorer la prise en charge des personnes âgées dans les Ehpad ce mercredi 30 mai à 16 heures. Reportage dans un établissement lillois, où pensionnaires et aide-soignants restent sceptiques.

« Ras-le-bol ! On en a marre de rester ici toute la journée. » Geneviève est retraitée de la restauration. Depuis 3 ans, elle réside dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) situé dans le centre de Lille. Assise sur un canapé près de l’entrée, elle feuillette un magazine. Le « plan de prise en charge de la dépendance » annoncé par le gouvernement, elle n’en a que faire. « De toute manière, ça ne changera rien. Ce que les pensionnaires veulent, ce sont des sorties, des contacts avec l’extérieur. »

En janvier et en mars, des grèves inédites avaient touché le secteur, qui emploie près de 500 000 personnes en France. L’objectif ? Obtenir des moyens supplémentaires. Mardi 29 mai, France Inter révélait l’essentiel du plan du gouvernement. La ministre propose une infirmière de nuit pour chacun des 7.000 Ehpad et la création de 20 000 postes en trois ans.

Un plan « très largement insuffisant »

Des mesures qui ne suffisent pas à Michel, pensionnaire de l’Ehpad lillois depuis six mois. Vêtu d’un jogging et d’un tee-shirt noir, il joue aux cartes avec une autre pensionnaire dans la salle de restauration.  S’il estime « qu’il est utile d’embaucher du personnel supplémentaire », il pense qu’il faut « bien plus que 20 000 postes pour répondre aux besoin des Ehpad ».

Avant de rejoindre celui où il réside actuellement, il a connu « deux autres établissements du genre. A chaque fois, les problèmes sont les mêmes. Moi je me débrouille seul, mais les personnes les plus dépendantes ne reçoivent pas l’accompagnement nécessaire. » Michel cite l’exemple de Jacques, l’un de ses amis atteint de la maladie de Parkinson dont la toilette matinale « dure quinze minutes. Parfois, l’aide-soignante n’a pas le temps de le raser. Puis, pour les repas, il se retrouve souvent seul. Ses mains tremblent. Il a besoin d’aide, alors moi ou d’autres pensionnaires, nous l’aidons à manger. »

Assise quelques tables plus loin, Marie, aide-soignante dans l’établissement, confirme cette situation. « Nous n’avons pas assez de temps à accorder aux pensionnaires. Le matin, je dois faire 15 toilettes, en deux heures. Il faudrait deux salariés en plus pour faire le travail correctement. » Le plan du gouvernement ? « C’est de la poudre aux yeux. Il faut massivement investir dans la prise en charge des personnes dépendantes. Quelques postes en plus, ça ne suffit pas. »

Des pensionnaires qui se laissent aller

En France, dans les maisons de retraite, on ne compte qu’un soignant pour deux résidents. Un chiffre « inquiétant » pour Geneviève. Paraplégique, elle a besoin d’aide au quotidien, notamment au moment de se lever et de se coucher. « Je me couche en général à 21 heures. Mais parfois, la soignante ne vient qu’une heure plus tard, alors je me dis qu’elle m’a peut-être oubliée et je m’inquiète. »

Les familles des pensionnaires aussi souffrent de la situation. Adrien a dû placer son père, atteint d’alzheimer, en Ehpad cinq ans plus tôt. « Je ne pouvais plus m’occuper de lui. Il était devenu trop dépendant. Il a besoin d’une surveillance permanente. » Depuis, il lui rend visite « tous les mercredis et certains samedis. À chaque fois, il est assis sur sa chaise dans sa chambre, seul. Il ne sort pas, parle à très peu de monde. Je le fais marcher un peu pour qu’il ne se laisse pas aller mais je vois bien qu’il est malheureux. » Le pire pour Adrien, ce sont les pensionnaires « qui n’ont aucune visite. Leur état s’aggrave. C’est terrible. Je ne comprends pas que la société ne prenne pas davantage soin de ses anciens ». 

 

Maéva Lahmi

Maeva Lahmi est une fille bien.

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