Italie: « On retrouve des éléments de la crise de la zone Euro »

Les relations entre l’Union européenne et l’Italie continuent de se tendre après l’élection de partis ouvertement euro-sceptiques. Les marchés européens s’en inquiètent : les taux d’intérêt italiens remontent. Au point de replonger dans une crise européenne? Interview. 

Le torchon brûle entre l’Italie et les institutions européennes. L’arrivée au pouvoir de la Ligue du nord et du Mouvement 5 étoiles avec un programme clairement euro-sceptique attisait déjà les tensions. La déclaration polémique de Günther Oettinger, commissaire européen au budget européen, en a encore rajouté. L’Allemand a sous-entendu dans une interview que les marchés allaient « apprendre aux Italiens à ne pas voter pour les populistes de droite et de gauche« .

Dans ce contexte, les marchés européens commencent à s’inquiéter. Le taux d’intérêt sur la dette italienne monte progressivement. Il a atteint 2,6% hier, soit le taux le plus haut depuis 2013. De quoi craindre le retour d’une crise de la zone euro, comme en 2012, ou du scénario grec de 2015 ? Nous avons posé la question à Christophe Blot, directeur adjoint de l’Observatoire français des conjonctures économiques.

La baisse des bourses européennes doit-elle nous inquiéter autant qu’en 2012 ou 2015?

Certains disent que l’inquiétude est moins forte que lors des épisodes précédents. Mais nous ne sommes qu’au début de cet épisode. Un taux d’intérêt ne triple pas du jour au lendemain. Aujourd’hui, le taux d’intérêt sur la dette italienne est de 2,6%. L’écart avec les taux allemands, qui font figure de référence, est déjà suffisamment important pour attiser les tensions.

La question est de savoir comment ce processus va évoluer, comment des déclarations politiques vont créer de nouvelles tensions… On est au début d’un processus de crise. Reste à savoir si cette crise sera aussi forte qu’en 2012 ou que lors de l’été 2015, en Grèce.  Le fait qu’on en soit pas encore à ce niveau-là aujourd’hui ne doit pas nous empêcher de nous en préoccuper.

Peut-on se diriger vers le scénario grec ou celui de la crise de la zone Euro?

On retrouve bien des éléments qui étaient là au moment de la crise de la zone Euro. Des déclarations, que ce soit dans le pays concerné ou de la part d’officiels européens, peuvent attiser les tensions et encourager des positions radicales qui nourrissent cette crise et les inquiétudes des marchés.

On retrouve également l’arrivée au pouvoir de dirigeants qui remettent fortement en cause un certain nombre de règles européennes. Jusqu’ici, les nouveaux dirigeants italiens cultivaient une ambigüité vis-à-vis de l’appartenance à la zone euro. Mais les positions peuvent se radicaliser parce que la situation s’envenime, et qu’il n’y a pas de négociations possibles. Cela peut faire renforcer le rejet du projet européen, de la monnaie unique.

Les inquiétudes ne s’expriment pas de la même façon que pour la Grèce. Ne serait-ce que parce que l’Italie est la troisième économie de la zone Euro. Mais à cause de ses choix politiques d’une part, et de l’intransigeance de l’Union européenne d’autre part, ce pays n’en risque pas moins de se retrouver dans une situation où la seule solution serait de sortir de la zone Euro.

C’est ça que les marchés vont craindre, d’autant plus que des répercussions sont possibles sur l’ensemble de la zone euro.

Comment cette crise pourrait-elle s’étendre au reste de l’Europe?

Cette crise intervient dans un contexte où la situation bancaire en Italie reste assez préoccupante. Les banques italiennes ont un stock de créances douteuses assez significatif. Dans le cas d’un scénario catastrophe, cette situation bancaire ajoutée à une forte dette publique italienne pourraient avoir des effets de répercussion assez importants. Il y a de vraies inquiétudes de certains groupes bancaires européens, engagés dans l’économie de l’Italie.

Mais pour l’instant, aucun scénario ne se dégage plus qu’un autre. Des déclarations politiques vont essayer de calmer la situation, d’autres de l’envenimer… Il y a des chances que les taux continuent à monter. Il est impossible de savoir si le taux d’intérêt italien atteindra le pic de 2012 (ce pic était de 6,5%, il est aujourd’hui de 2,6%). Mais la situation est bien similaire à certains égards.

Enfin, la Banque centrale européenne jouera un rôle décisif. Il y a un mécanisme par lequel la BCE peut acheter des titres de dettes et potentiellement limiter la hausse des taux. Mais cela ne peut se faire qu’à condition d’un accord de programme. Et il est difficile d’imaginer les nouveaux dirigeants italiens et la BCE s’entendre sur un programme économique. C’est là où la décision de la BCE sera particulièrement importante. Continuera-t-elle à acquérir des titres italiens, ou estimera-t-elle que le risque est trop élevé pour qu’elle soutienne ce marché ?

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